Que faisiez-vous le 11 septembre, il y a 15 ans ?

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On pourrait me poser la même question dans 5 ou 10 ans, à quelques détails près je crois, ma réponse serait la même qu’aujourd’hui. Comme bon nombre d’entre nous, si je suis régulièrement incapable de me souvenir avec précision -voire de me souvenir tout court- de ce que je faisais le même jour à la même heure la semaine dernière, je me souviens très clairement de cette après-midi du 11 septembre 2001.

Ce jour-là, j’étais rentrée plus tôt du collège, extrêmement soulagée par l’absence impromptue de la prof de maths, laquelle nous collait régulièrement des interros suprises. C’était l’année des équations à deux inconnues, ces formules étranges auxquelles le programme mêlait désormais, en plus des lignes de chiffres à rallonge, des LETTRES. Un tournant dans ma scolarité puisque je n’ai jamais plus eu la moyenne dans cette matière.

Je me souviens encore de la façon dont j’étais habillée ce jour-là. Il fait encore bon dans le sud à cette époque de l’année. Le matin même, j’avais enfilé un tee-shirt bleu et blanc Jennifer par dessus mon jean clair. Je portais des Superstars noires aux bandes argentées Adidas. Après avoir fait valider ma sortie de l’établissement sans demander mon reste, j’avais presque couru jusqu’à la maison -située à 10 minutes de marche- pour me vautrer dans le canapé. Il était à peine 15h, les devoirs pouvaient attendre un peu.

C’était un jour particulier chez moi. Mes parents avaient passé l’été à réaliser des travaux pour pousser les murs. Nous disposions désormais d’un étage, ma soeur et moi, avec une salle de bain rien qu’à nous. Ce 11 septembre, l’escalier venait d’être livré et mon père et quelques amis étaient en train de l’installer.

2001-09-24-cover-870Je sirotais un Canada Dry -l’une de mes boissons préférées au monde- en zappant de chaine en chaine, désespérée par la pauvreté de la programmation, quand je décidai de finalement m’arrêter sur le feuilleton de l’après-midi diffusé sur TF1. Je n’avais pas tout suivi mais grosso modo, l’histoire tournait autour d’un mec, un Américain « bien sous tous rapports », qui menait une double vie agréable jusqu’à ce que ses deux épouses se rencontrent et découvrent le pot aux roses. Un truc dans ce goût là. Bref, nous en étions au cliffhanger, moment de révélation autour d’une table de restaurant quand, tout à coup, l’image a sauté pour afficher l’une des deux tours du World Trade Center en flammes, une épaisse fumée montant dans le ciel de New York.

Je n’ai d’abord pas compris. J’ai même cru un instant que l’image, bien que sans transition, faisait partie du feuilleton. Aucun générique, pas de plateau, pas de présentateur. Puis la voix du journaliste s’est finalement mise à commenter l’image. On parlait alors, « vraisemblablement », d’un « accident ». Un « hélicoptère » ou « petit avion » se serait encastré dans l’une des tours jumelles. Je me demandais déjà comment « ils » allaient « sortir » les gens coincés entre le point d’impact et le sommet de la tour quand j’ai vu ce point noir à droite de l’écran, foncer tout droit vers l’autre tour. Et exploser.

Je suis restée scotchée devant la TV tout le reste de l’après-midi, seule, « prise en otage » par ces images que mon cerveau refusait d’assimiler complètement tant elles semblaient sorties d’un blockbuster catastrophe. Ce n’est que lorsque la première tour s’est effondrée que je me suis levée pour aller prévenir mon père. Sans 4G ni réseaux sociaux, ma mère avait appris la nouvelle par la radio, en rentrant du travail.

Ce soir-là, le repas s’est déroulé dans un silence lourd et hébété. En quelques heures, le monde venait de changer.

Pour clore ce post revival, je vous laisse avec la bande-annonce de L’histoire de l’amour de Raidu Mihaileanu (Va, vis et deviens, entre autres), que j’ai eu le plaisir de découvrir ce mercredi au Festival du film américain de Deauville. J’y allais un peu à reculons, pas vraiment convaincue par le pitch, craignant un film à la guimauve, long de surcroit (2h14). J’en suis ressortie émue, rassérénée par l’essentiel du propos, simple, sans prétention ni militantisme : l’amour permet d’avancer, de grandir, de survivre.

C’est bien fichu -Gemma Aterton y est superbe-, drôle, joliment filmé et ça sort en salle le 9 novembre.


Deux mots du réalisateur : « Il me semble qu’aujourd’hui la plus grave et profonde crise que l’humanité traverse – qui engendre toutes les autres – est l’incapacité d’aimer l’autre. Nous vivons une époque où l’amour de soi triomphe sur le projet de vie d’avoir la joie et la satisfaction de faire du bien à l’autre, de croire en l’autre. » Raidu Mihaileanu

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6 commentaires

  1. Raidu dépeint l’amour d’une façon incroyable. Va, vis et devient est un film magnifique sur la maternité
    Comme toi, je n’oublierai jamais ce que je faisais le 11 septembre. Je regardais Euronews en attendant mon fiancé qui était dans un avion lon courrier. On se mariait dix jours plus tard. A l’époque, bien sûr, il n’y avait pas de portable, aucun moyen d’être sûr qu’il n’était pas bloqué à l’étranger. On parlait de fermer l’espace aérien français. .. bref, pendant 6 heures, je n’étais pas super bien. Et je n’ai jamais été aussi soulagée de le voir que quand il a sonné, débarquant directement de Roissy, en me disant : »c’était bien , il n’y avait personne à l’aéroport. »

    1. J’ai tellement pleuré devant « Va, si et deviens », il faudrait que je le revois. En écrivant ce post, je me suis rendue compte à quel point les réseaux sociaux, Internet de manière plus générale ont changé la donne, notamment face à ce genre de situation. D’abord par rapport à la transmission d’info sur les événements en tant que tels (sources multiples, rapidité etc.) mais entre proches et moins proches également. Ces six heures ont du te paraitre interminables.

  2. J’étais en CM2.
    J’ai découvert ce jour-là (dans le désordre) :
    Que des avions peuvent tomber du ciel.
    Que des avions peuvent causer des morts (ça a été ma découverte du concept de crash aérien).
    Qu’on peut mourir au travail.
    Qu’on peut être au mauvais endroit, au mauvais moment.
    Qu’on peut, aussi, avoir une chance infinie.
    Qu’un immeuble peut s’effondrer (aujourd’hui ça me semble bizarre d’en avoir conscience seulement en CM2 mais pas avant… ?!).
    Que tous les parents d’élèves peuvent être paniqués en chœur, et que les adultes peuvent avoir peur et ne pas savoir nous rassurer.
    Qu’on peut pleurer pour des gens qu’on ne connaît pas.
    Qu’on peut être adulte et ne pas réussir à donner une réponse.
    Que regarder la télévision, ça fait peur (même réflexion que pour les immeubles qui s’effondrent, je suis surprise d’avoir découvert ça en CM2).

    Je me souviens avoir précisément demander à ma mère « comment » (et non pas « pourquoi ») on fait pour tuer des gens avec un avion et des immeubles. Je ne me souviens pas de sa réponse. Je me souviens avoir compris que ça ne nous impacterait pas dans l’intimité de notre quotidien, mais que ça serait grave la merde pour tout le monde.
    À part ça, sans ironie aucune, mon année de CM2 s’est passée normalement.

  3. Comme je suis une vieille dame, je me rappelle très bien que j’étais au bureau. Une de mes collaboratrices écoutait la radio et je lui ai demandé ce qui se passait. Une fois rentrée chez moi, j’ai allumé la télé et ces scènes m’ont paru incroyables.

  4. ça me parle beaucoup le manque d’amour de l’autre, je suis enseignant au lycée et je sens que c’est de pire, les jeunes ne savent que s’enfonçer vers le bas, s’humilier etc…

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